Nettoyer un masque de protection pour le recycler

Comment nettoyer un masque de protection ?

(Mise à jour le 14 mai 2020)

Recyclage des masques de protection (N95, FFP2)

Nettoyer un masque FFP2, laver masque chirurgicalLe 4 avril 2020, l’Académie Nationale de Médecine a recommandé le port du masque ! Le communiqué officiel est publié sur le site de L’académie. Extrait : « En situation de pénurie de masques et alors que la priorité d’attribution des masques FFP2 et des masques chirurgicaux acquis par l’État doit aller aux structures de santé (établissements de santé, établissements médico-sociaux, professionnels de santé du secteur libéral) et aux professionnels les plus exposés, l’Académie nationale de Médecine recommande que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ». Donc, le personnel de santé qui n’a pas de masque homologué et le grand public pourront porter des masques en tissu du modèle CHU de Grenoble ou des masques-barrières de l’AFNOR.

Un masque jetable n’a pas été conçu pour durer (en dehors du stockage, et encore !). Ses points faibles potentiels sont les élastiques de fixation en caoutchouc, la moisissure du textile et la couche de protection sur la barrette sur le nez. Si on essaie de désinfecter un masque déjà utilisé, les élastiques en caoutchouc peuvent mal réagir à la chaleur ou aux ultraviolets. De même, le mécanisme de la valve expiratoire résistera plus ou moins bien à la chaleur.

Dans cette page, vous trouverez une synthèse d’informations (avec indication des sources) sur la façon de détruire la charge virale d’un masque jetable (chirurgical ou FFP2) sans trop dégrader ses propriétés filtrantes. Les professionnels étudient sérieusement le recyclage des masques pour réagir à la pénurie.

Pour suivre tous les articles récents (bons et mauvais) : Accès direct à la recherche « how to disinfect face mask » dans Google


   

Méthodes inappropriées pour nettoyer un masque

Ces méthodes sont énumérées dans un document publié par N95decon (consortium pour l’étude de la décontamination des masques respiratoires N95).

Voici la liste des MAUVAISES pratiques :

  • Lavage du masque jetable dans de l’eau savonneuse : L’eau savonneuse dégrade les qualités de filtration du masque FFP2 (= N95).
  • Application d’alcool (isopropanol ou éthanol) : L’alcool dégrade les qualités de filtration du masque FFP2 (= N95).
  • Immersion dans de l’eau de Javel : L’immersion dans l’eau de Javel dégrade l’efficacité du masque. Cependant, il a été démontré que l’immersion dans une solution contenant 0,9 % d’hypochlorite ne dégradait pas les qualités de filtration du masque FFP2 (= N95), tout en détruisant une partie ds agents pathogènes (étude de 2014). Il faut noter que les résidus d’hypochlorite restant sur le masque peuvent présenter des risques pour la santé des utilisateurs (surtout s’ils sont asthmatiques).
  • Stockage pendant 24 heures avant réutilisation : Le coronavirus peut rester actif pendant 3 jours ou plus sur certaines surfaces. Donc, le stockage du masque FFP2 à la température ambiante pour une réutilisation le lendemain ne décontamine pas le masque, cette méthode est inappropriée.

Autre MAUVAISE pratique : Le passage des masques dans un four à microondes n’est même pas évoqué par les scientifiques. Un four à microondes n’a rien de magique. Lorsque l’on a compris son fonctionnement, on sait qu’il provoquera des étincelles autour de la barrette nasale en aluminium, mais que le champ électromagnétique à 2,4 GHz n’a aucun effet bénéfique sur le masque, il le déforme. On n’est pas dans le monde des potaches incultes qui font n’importe quoi sur YouTube.

Cependant, il est possible de produire de la vapeur d’eau en plaçant de l’eau dans un four à microondes. Cette méthode est utilisée pour tuer les microbes, en plaçant le matériel à désinfecter directement dans la vapeur (2011, virus H1N1) ou dans des sacs remplis de 60 ml d’eau qui se transforme en vapeur (étude de 2011).

Méthodes de décontamination des masques N9 (= FFP2) en cours d’étude

Ces méthodes sont actuellement testées par le consortium N95decon. Les résultats sont publiés au fur et à mesure sur le site n95decon.org.

Cet article présente des tableaux résumant les méthodes de désinfection et les références des études : Decontamination and Reuse of Filtering Facepiece Respirators (Center for Disease Control and Prevention)

Chauffage en autoclave à plus de 120°C

L’autoclave (nom masculin) est un procédé de stérilisation qui permet d’exposer les masques à 121 °C, méthode utilisée depuis longtemps (1820 : brevet de Lemart, amélioré par Nicolas Appert) pour détruire les virus. Un autoclave est un récipient à fermeture hermétique permettant de réaliser sous pression (de quelques bars) la stérilisation à la vapeur. Pour qu’un matériel soit considéré comme stérile, la probabilité théorique d’isoler un germe doit être inférieure à 1 pour 1 million (norme EN 556 sur la stérilisation des dispositifs médicaux).

Concernant les masques chirurgicaux,  de très bons résultats ont été obtenus avec l’autoclave. La perte d’efficacité de filtration est inférieure à 2 %. (Source : CNRS – Le Journal).

Pulvérisation de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée)

L’Université de Duke (Durham, Caroline du Nord) a utilisé la pulvérisation de peroxyde d’hydrogène sur des masques N95 (équivalents aux FFP2) pour les désinfecter. Ce traitement ne détériore pas les propriétés des masques, et il permet de traiter 500 masques en même temps. Un article a été publié le 26 mars 2020 sur leur site web : Duke Starts Novel Decontamination of N95 Masks to Help Relieve Shortages. Ce procédé avait déjà été testé en 2016 par d’autres laboratoires, mais les auteurs de ces tests plus anciens n’avaient pas vérifié que le traitement ne dégradait pas les masques après nettoyage. Le traitement ne produit pas de résidus toxiques, car le peroxyde d’hydrogène se transforme en eau. Il permet de réutiliser les masques jusqu’à 50 fois.

Document à télécharger ici : Decontamination and Reuse of N95 Respirators with Hydrogen Peroxide Vapor to Address Worldwide Personal Protective Equipment Shortages During the SARS‐CoV‐2 (COVID‐19) Pandemic.

Article de presse : Duke Chronicle, mars 2020.

Exposition aux rayons ultraviolets UV-C

Les rayons ultraviolets sont utilisés depuis longtemps dans l’industrie pour stériliser les aliments ou pour purifier l’eau et l’air. Las rayonnements UV de basses longueurs d’onde (240 à 280 nm) affectent l’intégrité des génomes des organismes. Le maximum d’absorbance par l’ADN se situe à 254 nm, les lampes à vapeur de mercure fonctionnent à la longueur d’onde de 253,7 nm. L’INSPQ étudie cette méthode parmi d’autres.

La Chine utilise des centaines de robots à une entreprise danoise pour désinfecter les hôpitaux (et éviter la propagation du Covid-19) en utilisant les rayons ultraviolets. (Source : Techniques de l’ingénieur).

La Chine a aussi utilisé les rayons ultraviolets pour désinfecter les bus et les ascenseurs. Vidéo montrant la désinfection des bus chinois à Shanghai : 210 néons sont utilisés simultanément pendant 5 minutes.

La gamme de rayons ultraviolets utilisée pour tuer les bactéries et les virus se nomme UV-C (longueur d’onde située entre 280 et 100 nm). Attention, si vous voulez utiliser une lampe à UV-C chez vous sans lunettes de protection, vous risquez des accidents oculaires sérieux (photokératite, aussi appelée cécité des neiges, et photoconjonctivite) !


   

Autres traitements de stérilisation utilisés dans l’industrie

Exposition à l’oxyde d’éthylène

Les premiers résultats obtenus par l’agence Apave de Grenoble montrent que le traitement à l’oxyde d’éthylène conserve les performances des masques FFP2. (Source : CNRS – Le Journal).

Irradiation par les rayons gamma

Cette piste a été étudiée en collaboration avec le CEA. (Source : CNRS – Le Journal).

Concernant les masques chirurgicaux, de très bons résultats ont été obtenus avec l’autoclave et les rayons gamma. La perte d’efficacité de filtration est inférieure à 2 %. (Source : CNRS – Le Journal).

Les premiers résultats obtenus par l’agence Apave de Grenoble montrent que les rayons gamma ne conservent pas les performances des masques FFP2. (Source : CNRS – Le Journal).

Exposition à l’ozone

L’entreprise Ozone Partner (Austin, Texas) teste la désinfection à l’ozone des masques à recycler. Un article sur le site web de cette entreprise aborde la désinfection des chambres et des équipements contaminés par le coronavirus avec de l’ozone (à une dose de 50 ppm ou plus).


Autres méthodes de désinfection des masques

La méthode du chauffage à l’air sec avec un sèche-cheveux a été évoquée par le Dr Raybaud. Le lavage a été cité dans le Journal du CNRS.

Lavage du masque de protection

Il a été prouvé que les masques chirurgicaux conservent leurs performances après un lavage jusqu’à 95 °C. (Source : CNRS – Le Journal).

Chauffage du masque à l’air sec avec un sèche-cheveux

Extraits de l’article de Médiapart :
Le simple séchage avec un sèche-cheveux à 5 cm à l’air très chaud (on a une température de 120° à 150°) peut détruire presque tous les virus et bactéries en une minute sur un masque chirurgical classique. Il faut aussi appliquer cette chaleur des deux côtés et sur les attaches. Selon une thèse de doctorat, excellente, dont le sujet est « L’inactivation virale par les procédés physiques : chaleur et rayon UV, de Swan Firquet, dirigée par le Pr. Didier Hober virologue à Lille en 2014, le H1N1, plus résistant qu’un coronavirus félin, est détruit en 1 seconde à 100°.  Selon l’équipe de Duizer 2004, ce coronavirus est réduit par 1000 en chaleur humide à 71°3 en 1 minute. Il serait presque totalement détruit en 6 minutes. Donc, tant que la texture du masque n’est pas altérée, on peut le réutiliser pour la même personne avec ce procédé, du moins en cas de pénurie. En outre, en cas de pénurie, le simple port d’un mouchoir épais en plusieurs couches ou d’une écharpe épaisse, bien placés ont des taux de filtration et de fuite à peine inférieurs à ceux d’un masque chirurgical. Il conviendra d’appliquer le chauffage au sèche-cheveux très chaud toutes les 4 heures.

Chauffage dans un four domestique à chaleur tournante (test personnel)

J’ai testé personnellement ce procédé. La température minimale programmable de mon four était de 175°C. Je n’ai pas placé de thermomètre à l’intérieur pour la mesurer. La température recommandée par le Dr Raybaud (voir plus haut, article de Médiapart) était de 120 à 150°C. Je m’attendais à ce que les lanières en caoutchouc fondent, mais elles n’ont pas été altérées. La pellicule caoutchoutée sur le bord du masque s’est rétractée. Le masque n’est plus utilisable.

 

Masque jetable FFP2 après passage à 175°C dans un four

Certains four à chaleur tournante peuvent fournir une température basse de 30°C ou de 50°C. On doit donc pouvoir les régler à 120°C pour chauffer les masque FFP2 sans les détériorer. A vous de tester !


   

Documents de référence

On voit sur YouTube des vidéos qui ne se référent à aucune source fiable. Exemple : « Je passe le fer à repasser sur mon masque en tissu, c’est une astuce de grand-mère » ou le passage d’un masque chirurgical dans une casserole d’eau bouillante. Quand on a une culture scientifique, on sait qu’il faut tester l’efficacité des méthodes, en particulier si l’efficacité du masque n’est pas diminuée par après le « nettoyage ». Et ça, ça ne se voit pas à l’oeil nu, il faut du matériel de test adapté.

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